Olivier Magne :

Les Français n'ont pas pu mettre la main sur le ballon.

On a un petit peu oublié de jouer, tout simplement.

L'équipe de France, à mon avis, a joué contre nature.

Finalement, cette défaite a sans doute été pour moi un vaccin. Rien n'est perdu, tout est encore possible.

Laurent Bénézech :

Il y a eu une énorme erreur de gestion de la pression pendant les douze heures qui ont précédé la rencontre.

Le problème est que l'encadrement a voulu en rajouter et a fait lire au groupe la lettre de Guy Moquet, ce qui a créé un surplus d'émotion. Les joueurs avaient les larmes aux yeux. Le match était quasiment cinq heures après. Il y a eu aussi la remise des maillots aux huit joueurs qui étaient dans les tribunes, cette cassure, donc, dans le groupe des trente, deuxième pic émotionnel. Et ce qui devait arriver est arrivé : les joueurs étaient vidés au moment du match.

Bon, maintenant, la grosse connerie a été faite, et ce sera plus facile de repartir du bon pied.

Bernard Laporte :

Nous avons été fragiles et fébriles. Nous n'avons pas su enlever la pression aux joueurs et un certain nombre d'entre eux n'ont pas évolué à leur meilleur niveau. Maintenant, je suis convaincu que ce groupe a quelque chose et qu'il va réagir. Je crois en ce groupe, en ces joueurs. Ce match, c'était du haut niveau. Et à certains moments, nous n'avons pas été à la hauteur.

Raphaël Ibanez :

Sincèrement, on a préparé ce match de la meilleure façon possible. Il y avait une attente énorme autour de ce match d'ouverture de la Coupe du monde. Et pour nous, cette défaite est une grosse déception. L'équipe n'a pas été à la hauteur de l'événement malgré le soutien sans faille du public du Stade de France. Et à certains moments, nous nous sommes mis au niveau des Argentins. Je n'ai pas vraiment d'explication à notre fébrilité sur le terrain.

Frédéric Michalak :

On savait qu'ils allaient jouer comme ça. On leur a donné le ballon pour se faire battre. C'est une grosse désillusion qui peut ne pas faire de mal aussi. On a besoin de redescendre les pieds sur terre. Il ne faut pas se voir un grand champion. Il y a des étapes : il faut partir du plus petit pour être un jour grand. J'ai le sentiment qu'on s'est vus grands avant l'heure. Chacun l'interprètera à sa manière.

Damien Traille :

On prend une grosse claque. On était très bien préparé mais on est complètement passé à côté. Le seul point positif c'est cette pénalité ratée qui nous offre le point de bonus défensif qui peut être précieux pour la première place. On était sur un nuage, on est retombé sur terre. Pendant les matches de préparation, on n'avait pas senti cette fébrilité. On a fait beaucoup de fautes de mains. Eux, ils n'ont pas montré grand chose, ils ont tapé 60 chandelles, ont marqué leur essai sur une interception. Mais ils ont été accrocheurs et on leur a donné trop de points.

Il va falloir digérer. Cela va être difficile.

Cédric Heymans :

Quel gâchis ! J'ai été harcelé tout le match, comme je m'y attendais. Hormis un ballon lâché sous nos poteaux et un jeu au pied contré, à chaque fois que j'ai voulu remonter le ballon, j'avais un rideau devant moi. Il fallait que je mette le ballon au fond, mais ils étaient toujours quatre dans la largeur et les remonter, c'était s'exposer, surtout qu'on restait dans notre camp.

Yannick Jauzion :

Maintenant, il va falloir qu'on se dise les choses en face et ce qui n'a pas marché. Il faut se donner les moyens d'aller chercher cette première place, même si on n'est plus maître de notre destin. Tout le monde est très abattu. Il va falloir être solidaire et faire preuve d'ambition. Aujourd'hui, il y avait de l'envie mais de façon trop désordonnée.

Serge Betsen :

Eux ont joué leur jeu. C'est nous les premiers fautifs. Il faut rectifier ce qui n'a pas marché. Ils étaient beaucoup plus présents que nous dans les phases de ruck. On a peut-être été naïfs sur le jeu proposé. C'était tellement simple et efficace pour eux qu'on a été un peu perturbés.

Sébastien Chabal :

On n'a pas été au niveau. Ils méritent de gagner. Ils n'ont pas fait grand-chose mais ils l'ont bien fait et nous on a tout fait de travers. On était bien durant la semaine. A Marcoussis, on est dans notre bulle, à l'abri. On ne peut pas invoquer la pression. Maintenant, ça va être très compliqué. Mais on a l'équipe pour s'en sortir. On est tombé dans leur piège. A nous de ne pas recommencer.

Dimitri Szarzewski :

J'ai encore la boule au ventre. Même si c'était inconsciemment, on a manqué d'humilité. C'est une faute grave, on est retombé sur terre. Les Argentins avaient plus faim que nous, même s'ils se sont contentés de balancer des chandelles. Mais ils l'ont bien fait. Ils étaient plus présents dans le combat. On a eu quelques occasions, mais on ne les a pas concrétisées.

Rémy Martin :

C'est vrai que c'est difficile. Je ne dois peut-être pas faire la passe (interceptée par Corleto, auteur de l'essai), fixer le joueur et la faire après. Yannick Jauzion m'a appelé pour écarter le plus vite possible et je ne le vois pas arriver (l'adversaire). On s'est mis la pression tout seuls. On a mal géré. On a joué à l'envers. On restait dans nos 40 mètres, alors qu'on devait jouer chez eux.

Jérôme Thion :

C'est une grosse déception. C'est sûr qu'on s'attendait à un autre résultat. On a été assez performants en conquête, on a réussi à les contrer en touche, mais on a eu de grosses difficultés sur les libérations de balle. Ca a chamaillé à chaque ruck et la charnière n'a pas pu mettre en place le jeu prévu. Il y a eu quelques difficultés en première mi-temps pour entrer dans le match, mais je pense pas que ce soit lié à l'enjeu. On était prêts physiquement et psychologiquement. Il ne faut pas se chercher d'excuses. On a été battus sur tous les ballons hauts et sur chaque ruck. Il y a eu un peu de laxisme, on attendait autre chose de l'arbitre.

Marcelo Loffreda :

L'histoire ne s'efface pas, on en tire juste des leçons. Plus que l'Irlande (barrage victorieux du Mondial 1999), c'est le match contre l'Australie (défaite en match d'ouverture du Mondial 2003) qui nous a servis. Le match d'aujourd'hui, il faut le prendre avec beaucoup de prudence. On peut aujourd'hui un peu savourer la victoire mais demain nous recommencerons à travailler pour préparer la Géorgie. Il faut le faire avec humilité, effort et respect. Si l'on avait joué autrement contre la France, le résultat aurait été tout autre. Il y a eu un peu d'anxiété et nous nous en sommes bien sortis, en pressant la France sur tout le terrain. L'Argentine est allée de l'avant.

Agustin Pichot :

L'Argentine est proche de l'élite mondiale avec six matches de niveau international par an. Aujourd'hui, nous avons donné le message au monde que nous existions. Nous voulons mettre la pression sur toutes les autorités (du rugby international pour disputer les tournois des deux hémisphères, le Tri-Nations et le Tournoi des VI Nations). Ce qui s'est passé aujourd'hui est très important. Nous ne sommes pas les meilleurs, mais nous jouons davantage avec nos tripes, abnégation et solidarité, que sur un plan technique.

Patricio Albacete :

On avait plus faim qu'eux. En deuxième mi-temps, on a reculé à chaque impact, mais on a insisté. (sur le groupé pénétrant français arrêté à un mètre de la ligne à la 45e) C'est la tête, le coeur, l'envie de ne pas prendre de point qui nous font résister. Heureusement, on a pu les mettre à terre à trois mètres de l'en-but, car s'ils marquent là, on était cuit. Ca nous a renforcé mentalement.

Mario Ledesma :

J'étais impressionné par leur condition physique lors des matches de préparation contre l'Angleterre. On avait peur de prendre 40 points. Après l'heure de jeu, on commençait à avoir du mal et ils ont fait des changements, mais sur le premier ballon touché par Chabal, Roncero le met par terre. Il faut profiter. C'est énorme !

Source : L'équipe